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Départ de Carthagène pour Faro au Portugal.
 
   

Croisière en voilier.

Co-navigation.

Croisière naturiste.

Dimanche 8 Mai 15heures. Ca y est, nous larguons les amarres pour Gibraltar. Nous avons 250 Milles devant l'étrave. La météo nous annonce du vent portant modéré pour les trois jours à venir, l'aventure continue… Atlantique nous voilà.

Ici, le trafic maritime est dense. Il y a les cargos, les pêcheurs, les voiliers… Ca fait du monde sur l'eau, il nous faut donc veiller pour éviter toute collision. Nous avons installé un transpondeur AIS qui montre toute son efficacité. Les navires équipés d'un AIS connaissent notre position, notre cap, notre vitesse, notre nom et en cas de danger une alarme se déclenche. Reste ceux qui n'en ont pas, principalement des voiliers et des pêcheurs, alors prudence.

Nous observons une quantité phénoménale de dauphins. C'est magique.

Le 10 en soirée, The Rock of Gibraltar apparaît dans la brume. Au loin sur bâbord se dessinent les côtes du Maroc.

Nous slalomons entre ces monstres des mers, avant de mouiller, à la tombée du jour, devant la plage de la Linéa tout au fond de la baie. Nous sommes contents de notre première traversée, l'aventure peut continuer.

Très vite une nouvelle fenêtre météo s'ouvre à nous. Départ prévu vendredi 13 !!! Un bon vent portant de 15 à 20 Nds devrait nous pousser jusqu'a Cadix, 70 milles plus au Nord. La marée nous fait lever l'ancre à 5h30, nous devrions pouvoir arriver avant la nuit. Enfin on croise les doigts car nous avons une inconnue et de taille : Les Orques.
Depuis deux ans, un certain nombre de voiliers ont eu affaire à des Orques. Ce ne sont pas vraiment des attaques, mais c'est loin d'être tendre. Voici le scénario le plus courant. Un groupe de 4 à 8 individus se rapproche du voilier, tourne un peu autour, puis 2 ou 3 de ces cétacés se mettent à interagir avec le bateau en donnant des coups sur la coque, en mordant la quille et le safran en le faisant tourner et retourner jusqu'à en arracher une bonne partie voir la totalité.. Leur jeu dure de 30minutes à 2 heures, puis le groupe d'orques s'en va.

Certaines interactions sont beaucoup plus douces, ne faisant aucun dégât mais d'autres sont violentes et destructrices. Les scientifiques n'y comprennent rien et chacun y va de son hypothèse, mais bon, on n'est pas plus avancé pour autant. Au fil du temps, en étudiant ces interactions, un certain nombre de mesures on été validées par les autorités et les navigateurs. En puisant dans toutes ces infos, nous avons mis en place sur Julo, un protocole à respecter impérativement.
Naviguer près des côtes dans des fonds de moins de 20 mètres. A ce jour, aucune interaction n'a eu lieu par faible profondeur. Naviguer uniquement de jour pour voir venir et éviter les engins de pêche. N'allumer ni sondeur, ni pilote et ne pas trainer de ligne de pêche... Enfin, tout ce qui risque de les attirer. En cas d'approche, affaler toutes les voiles, faire route arrière au moteur. Ce faisant, les orques ne peuvent plus s'amuser (à priori il s'agit d'un jeu pratiqué par les juvéniles) avec le safran et ils se désintéressent très vite du bateau. Si ils insistent, verser du GO dans l'eau, ils détestent ça et si la mer est relativement calme, ça fonctionne bien. En mai, la zone dangereuse est localisée entre Gibraltar et Cadix. Les orques se déplacent en cours de saison en remontant le long du Portugal pour se terminer en automne dans le Golf de Gascogne. En 2021 quelques interactions ont eu lieu au large de La Rochelle.

C'est dire si nous sommes soulagés d'arrondir la bouée d'atterrissage de Cadix. Nous étions sereins mais sur le qui vive, parés à réagir en cas d'interaction. Nous n'avons pas vu la queue d'une orque et c'est tant mieux.

Le lendemain, nous reprenons la mer pour une cinquantaine de milles. La météo est favorable, nous devons en profiter car dès dimanche le vent tournera NW et on l'aura dans le nez… Pas bien.

Nous ralentissons pour arriver avec la marée et c'est à 20h30 que l'ancre croche devant la ville de Mazagon. Nous passons la nuit dans ce mouillage qui n'a rien d'extraordinaire et profitons de la marée du lendemain pour entrer dans la lagune de Umbria. Nous devrons, partout en Algarve, jongler avec les marées pour embouquer les passes car le courant peut être très fort. Aujourd'hui dimanche, le coefficient est de 100, ça va déménager…

Pour une première entrée dans une lagune, on va se la jouer cool. La pleine mer étant à 15h30, le cap'tain décide de prendre la passe à PM-1 soit 14h30. Les bancs de sable se déplaçant sans cesse, les cartes ne sont plus d'aucune utilité mais heureusement, les chenaux sont bien balisés, la grande inconnue étant la hauteur d'eau dans la passe. Nous décidons de noter la hauteur minimum et son heure pour calculer à tête reposée la sonde du chenal.

Nous passons la ville de Umbria avec ses marinas, toute la flottille de bateaux de pêche et allons mouiller en dehors de toute agitation… Un pur bonheur.
Vent d'ouest annoncé pendant deux jours, ça tombe bien, un peu de repos sera le bienvenu. On en profite pour faire un tour en ville. Umbria est une station balnéaire et comme nous sommes hors saison, c'est un peu triste.
Mais revenons à nos calculs de marée. Le samedi 15 mai, une hauteur mini de 4m30 a été relevée à 14h30 entre les bouées 2 et 3 du chenal. Le logiciel des marées nous donne pour 14h30 une hauteur de 3m20. La sonde de la passe est donc de 4m30 – 3m20 = 1m10. Nos avons besoin de 2m80 pour emprunter la passe (1m80 de TE + 1m de pied de pilote) soit une hauteur marée de 2m80 – 1m10= 1m70 , le passage sera donc praticable, d'après le logiciel de marée, à PM + - 3H soit mi-marée avec une hauteur d'eau de 1m90... Mais attention, à +3 et à -3, le courant risque d'être puissant.

Il nous reste une cinquantaine de milles pour Faro. En ce moment, le vent s'établit Nord en fin de nuit puis tourne à l'Ouest, en début d'après midi. En profitant du vent du matin, nous devrions pouvoir atteindre la frontière Portugaise qui est à mi parcours. Départ au lever du jour avec la marée descendante. Cap sur le Rio Guardiana.

Nous mouillons juste avant le pont à Ayamonte, il est 14h30. Nous sommes 2 voiliers au mouillage.
Jeudi 19 Mai 9H. Un fort leventer (Coup de vent d'Est se renforçant après le détroit de Gibraltar) est prévu pour cet après midi. Nous devons absolument être à Faro avant l'arrivée de la houle en début de nuit sinon l'entrée dans la lagune risque d'être Rock and Roll. La météo annonce très peu de vent, nous ferons donc route moteur.
Nous prenons la passe à 15h30 juste après la mi marée montante.
Un courant de plus de 4 Nds nous aspire dans ses remous et nous voilà propulsé à presque 8 Nds dans cette belle lagune de Faro...
Mission accomplie.